Voyage dans le désert

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Je reviens sur l’album enregistré en duo avec le bluesman Bob Brozman Ocean Blues, From Africa to Hawai.

Voici ce que l’on pouvait lire dans le journal Libération du 20/11/2000 sous le titre
Diawara déploie l’écho de la kora :

[...] C’est une merveille de voir Djeli Moussa travailler. Penché sur les cordes, il parcourt d’abord quelques traits classiques, de ceux qu’il répétait une journée entière, au village, sous peine de recevoir des taloches lorsque les vieux rentraient des champs. Sous ses doigts renaît l’émotion contenue, la progression rigoureuse du répertoire mandingue, ce “classique” somptueux qui, depuis sept siècles, sert de repère culturel à l’une des plus puissantes civilisations de l’Afrique. Puis Djeli Moussa accroche une corde oubliée, et en une fraction de seconde l’univers bascule : soudain c’est le blues, l’Amérique… Les trois albums “parisiens” de Djeli Moussa ont la couleur de ses errances, de ses rêves de l’Occident, de ses coups de nostalgie, de ses retours ; il esquisse un pas de danse avec les rythmes latins (Flamenkora), pleure les blues des immigrés, ou fait sienne l’austère splendeur des anciens griots (Moya).

Puis, l’an dernier, il rencontre Bob Brozman et enregistre Ocean Blues.

Débridé. Brozman vient du blues, mais il y a longtemps qu’il tend l’oreille à d’autres musiques. Parmi ses dernières frasques, un album avec un folk singer d’Okinawa, Takashi Hirayasu, un autre avec le guitariste hawaïen Ledward Kaapana. Avec les arpèges aériens de Djeli Moussa, Brozman trouve le parfait contrepoint à ses guitares hawaïennes, à son blues grasseyant ; et l’Africain, qui est aussi guitariste, s’amuse parfois à le suivre en plaquant des accords. Comment peut-on plaquer un accord à la kora ?
Théoriquement, l’instrument est calé entre les deux pouces, mais Djeli Moussa a mis au point une technique pour lâcher une main et jouer en strumming*. Il faut voir ses mains voler et claquer, ses doigts dérouler les notes pressées. Parfois il s’élance dans un solo précis et débridé à la fois, joignant la rigueur d’un Batourou [Sékou Kouyaté] à l’arrogante liberté des riffs griots.

Alors que les jazzmen récupèrent les grooves latins ou africains pour ancrer leurs solos, les bluesmen, eux se tournent ver les soloistes. Ce qui les fait craquer, ce sont ces improvisateurs impénitents, sorciers de l’outrancier et de l’inattendu, que l’on rencontre dans les cours des villages d’Afrique. Djeli Moussa est de ceux-là, et s’il entreprend une carrière sérieuse, il est sûr que ses pairs américains le reconnaîtront.
Le jazz est né au pays mandingue au XIIIe siècle.

Je vous propose pour illustrer ce billet, le titre “Voyage dans le désert”…

Djeli Moussa avec sa Kora

* Le strumming est un terme anglais qui désigne le fait de gratter simultanément plusieurs cordes à la main droite pour jouer une rythmique.

(Photo de Haley S. Robertson)